Voyages hors des sentiers battus

mercredi 28 décembre 2011

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Bolivie - Bolivie: les lutteuses en jupons conquièrent les rings de l'Altiplano
©AFP Photo / Aizar Raldes
La semaine, elle est Mariela Averanga, secrétaire de 29 ans à la Paz, dans le privé. Le week-end, sur les rings, elle est Benita l'intouchable, une des solides lutteuses aymaras dont les combats captivent de plus en plus de quartiers populaires et de campagnes de Bolivie.
«Je vais la tuer, cette maudite indienne!» Les cris et grimaces, les prises, les clefs de bras, les sauts depuis les cordes: le petit ring installé sur une place d'El Tejar, un faubourg nord de la capitale bolivienne, vibre avec la spectaculaire dramaturgie de la lutte. Mais à la mode andine.
Car les traditionnelles polleras andines, ces jupes bouffantes à jupons, les longues tresses, forment partie de l'arsenal des cholitas luchadoras, les indiennes lutteuses, qui sont devenues une institution locale, à mi-chemin entre le sport et le cirque, comme toute bonne lutte.
Tout a commencé à El Alto, la grande ville-dortoir surplombant La Paz à 4100 m d'altitude, affirme à l'AFP Nelson Calle, un promoteur de combat et vétéran du catchascan - issu de l'anglais catch as can (attrape comme tu peux) - comme on appelle ici la lutte, popularisée dans les années 1960 à travers des films mexicains.
Edgar Palacios, lui-même ancien lutteur, a vu un jour des femmes en pollera en train de se battre dans la rue, une bagarre pour de vrai. Ça l'a frappé car les gens se pressaient pour voir, sans que personne ne s'interpose. Et il s'est demandé: pourquoi ne pas faire des combats de cholitas?
C'est du moins une version de l'histoire. Une autre plus prosaïque veut que la lutte masculine, en perte de vitesse dans les années 90 face à la télévision et aux DVD, ait eu le ressort commercial d'ajouter une présence féminine à ses affiches, une addition devenue une discipline en elle-même.

10 ans de succès

Quoiqu'il en soit, une petite décennie plus tard, Juanita l'affectueuse, Silvina la puissante, Elizateth brise-cœurs et leurs paires forment un petite caste établie et respectée.
Dans l'agglomération de La Paz et d'El Alto, elles fréquentent un des quelque huit clubs aux noms évocateurs: Tigres du Ring, Groupe Leader, Faucons du Ring. Avec des heures d'entraînement en musculation, des tournées en province, voire à l'étranger, au Pérou voisin notamment.
Simple fascination du crêpage de chignon? Les lutteuses de l'Altiplano deviennent au contraire des sportives à part entière, et de petites célébrités locales - un rare luxe pour la femme indienne -, elles qui sont pour la plupart mères au foyer, commerçantes ambulantes, ou employées de bureau.
Par soirée, selon son niveau, une lutteuse peut gagner entre 100 et 200 bolivianos (14,5 et 29 dollars CAD), soit entre un quart et un tiers du salaire mensuel minimum en Bolivie.
Mais il y a plus. «Je combats depuis sept ans, ça me plaît beaucoup, on sent vraiment l'adrénaline», explique Benita, guère émue de sortir sous les huées des 200 spectateurs qui prennent fait et cause pour «Angela la sympa» et sa technique plus suave, ses tourniquets et ses «ciseaux volants» (jambes autour du cou).
Benita, elle, a un style opposé. C'est une dure, une adepte des coups de poings et coups de pieds, dans cette lutte entre la «bonne» et la «méchante», le Bien et le Mal, que rejouent éternellement les combats de lutte, que ce soit en jupons ou en justaucorps, sur l'Altiplano comme ailleurs.
À l'autre bout du ring, Angela, vainqueure, est assaillie par des bambins à sa sortie du ring, et exhibe fièrement sa coupure sanguinolente au front, histoire de montrer que tout n'est pas que spectacle.
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