Voyages hors des sentiers battus

mercredi 28 décembre 2011

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senegal - Croisière à l'ancienne sur le fleuve du Sénégal
© Photo courtoisie
Le Bou El Mogdad en escale entre Podor et Saint-Louis.
Il a bien fière allure ce petit navire d’une autre époque. Sa vitesse de 10 km/h laisse à ses quelques dizaines de passagers tout le loisir d’observer de près les rives du fleuve, l’une sénégalaise, l’autre mauritanienne. Entre Podor et Saint-Louis sur le fleuve Sénégal, c’est une merveilleuse croisière à l’ancienne que je viens de vivre à bord du Bou El Mogdad. Plus me plaît l’aspect suranné d’un vieux rafiot que le clinquant des grosses usines à croisières modernes. Et plus me plaît l’ambiance simple et cordiale d’un modeste bateau où les membres d’équipage, polyvalents, sont tantôt au service en salle, tantôt à la manoeuvre sur le pont et sur le quai.
À bord du Bou El Mogdad, point n’est besoin d’habits ni de robes à paillettes, même la soirée du capitaine revêt des airs de chaleureuse réunion de famille.
Les caprices du fleuve
Le fleuve Sénégal, large de 150m à 350m selon les segments, a servi à travers les siècles de voie de pénétration au coeur de cette contrée du Sénégal.
La croisière, longue d’environ 220km que l’on parcourt en 5 jours, est rythmée par l’appareillage matinal, les heures de repas, les excursions et, finalement, l’arrivée dans l’après-midi au point d’escale. Car le navire ne navigue jamais de nuit. Chaque jour, à bord d’une barge, on gagne une ou deux fois, pour le temps d’une visite, tantôt la ville la plus proche, tantôt un village plus reculé, tantôt une réserve naturelle.
Parfois aussi, le repas, préparé par les cuisiniers du bord, est servi sur la rive, comme ce délicieux thiéboudienne (riz au poisson et aux légumes) que nous avons dégusté un midi sous les manguiers. Un autre jour, au crépuscule, nous avons débarqué dans une clairière pour partager, à la lueur des lampes tempête, un agneau cuit en méchoui.
La taille du bateau laisse à la cinquantaine de passagers tout l’espace pour évoluer à leur guise. Le pont soleil, le bar, la petite piscine, le salon central sous le taud, la bibliothèque sont autant de lieux où l’on peut soit socialiser, soit se retirer, selon l’humeur.
Histoire et nature
Le rythme lent de la croisière laisse tout le temps au voyageur curieux de découvrir des pans peu vulgarisés de l’histoire de cette partie du continent africain. Cette histoire est inscrite dans les bâtiments érigés à l’époque coloniale française. À plusieurs endroits s’élèvent les anciens comptoirs commerciaux, à la fois entrepôts et habitations.
Pour protéger ses intérêts dans la région, l’empire français avait bâti des forts et des casernes. Certaines de ces constructions, classées pour leur intérêt historique, ont fait l’objet de travaux de restauration.
La vallée du Sénégal a vu naître, à la fin du XVIIIe siècle, le fameux El-Hadj Omar Tall. À la fois farouche guerrier et prédicateur de l’islam, il a largement contribué à l’expansion de cette religion dans l’ouest du continent, y compris dans des peuplades qui la rejetaient jusque-là.
Les amateurs d’observation d’oiseaux sont comblés, car l’itinéraire du Bou El Mogdad comprend une incursion dans la réserve ornithologique du Djoudj (classée au patrimoine mondial par l’UNESCO), la troisième en importance dans le genre dans le monde.
Quant à ceux qui s’intéressent au sort de la planète, ils peuvent observer, en pleine zone réputée aride, les résultats obtenus grâce à l’irrigation dans la production de riz, de légumes et de canne à sucre sur des dizaines de milliers d’hectar
Esclaves et gomme arabique
Le commerce le long du fleuve Sénégal remonte à des temps très éloignés. Le produit le plus important fut longtemps la gomme arabique. Par le fleuve ont également transité de l’or ainsi que des captifs que l’on déportait pour être vendus comme esclaves.
La gomme arabique, aussi appelée gomme sénégal , provient de la sève de l’acacia. On la récoltait en pratiquant tout simplement une entaille dans l’arbre. Le produit exporté vers l’Europe avait un grand nombre d’usages tant dans la pharmacie (sirops, crèmes, lotions, etc.) qu’en confiserie, dans l’agroalimentaire, mais aussi dans la fabrication de peintures et des colles.
Acacia
Dans une bonne partie de cette région, l’arbre le plus répandu demeure l’acacia, terme générique qui inclut un grand nombre de variétés.
On reconnaît l’acacia à ses petites feuilles finement divisées poussant sur des branches épineuses et à ses fleurs jaunes. Le fruit de l’acacia a la forme d’une gousse de haricot vert.
En des temps plus reculés, avant la pénétration du territoire par les Européens, c’est par cette région de la vallée du Sénégal qu’arrivaient les caravanes venant des zones sahariennes, chercher de l’or et des esclaves.
Ces contrées de la vallée du Sénégal ont également été, du temps de la traite négrière atlantique, une réserve d’humains que l’on acheminait ensuite vers l’île de Gorée, près de Dakar, via Saint-Louis. De là, ils étaient transportés vers le Nouveau Monde.
En amont sur le fleuve, on trouvait également de l’or. On recueillait les pépites en creusant des puits desquels on extrayait la terre. À défaut d’autres outils courants, on utilisait des pots pour mesurer l’or, ce qui expliquerait le nom de la ville de Podor qui fut un important lieu de commerce sur le fleuve.
Les plus anciens, dans les villages des rives du fleuve Sénégal, se souviennent encore du Bou El Mogdad lorsqu’il représentait le seul lien régulier avec le port de Saint-Louis. Le courrier, la marchandise et les gens étaient alors entassés dans les cales.
Il s’agissait, à l’époque coloniale, de ravitailler les comptoirs échelonnés le long du fleuve Sénégal jusqu’aux limites de l’actuel Mali.

***
Repères
- Le Bou El Mogdad, construit aux Pays-Bas, a assuré de 1950 à 1970 le transport du courrier, de marchandises et de personnes sur le fleuve Sénégal entre Saint-Louis et Kayes (actuel Mali).
- Durant une trentaine d’années, transformé en navire de croisières, le navire a navigué dans différentes eaux, avant de revenir sur le fleuve Sénégal en 2006.
- Il s’agit du seul navire à naviguer sur le fleuve Sénégal.
- Comprenant 29 cabines, dont 2 suites, le Bou El Mogdad peut transporter 58 passagers.
- La plupart des cabines ne comprennent qu’un lavabo. Douches et toilettes donnent sur les coursives. Il existe une petite piscine à bord. Des massages sont disponibles.
- D’octobre à fin mai, le navire effectue le trajet Saint- Louis/Podor en 5 jours. Les passagers optant pour la descente du fleuve sont transférés en minibus jusqu’à Podor. On peut aussi ne faire qu’une partie du trajet à bord.
- Chaque fin d’après-midi, le navire jette l’ancre à proximité d’un village pour la nuit.
- Une grande barge sert à débarquer les passagers pour les visites et les excursions.
- Pour loger à Saint-Louis, avant o u après la croisière: l’hôtel La Résidence, un établissement de charme au coeur de la ville coloniale.
Info :
www.hoteldelaresidence.com


Info sur le Bou El Mogdad:
www.compagniedufleuve.com


- Au départ de Montréal, Royal Air Maroc assure une liaison avec Dakar via Casablanca. Info :www.royalairmaroc.com
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